dimanche 25 octobre 2015

Samedi 23 septembre 2006 : Donzenat – carrefour de la croix de Pompadour.

Arrivés la veille dans la Creuse, nous avons dormi dans la nature sur le GR 46, au bord du chemin de la Tombe des Officiers.

Viviane me dépose à Donzenat, en Haute-Vienne.
La petite route, par les Fargettes, mène à un carrefour. Après la pluie de cette nuit, le ciel est mitigé : alternance de soleil et de nuages.
Les GR 46 et 440 cheminent dans des horizons découverts. Je franchis la Vienne, qui provient du plateau de Millevaches, en Corrèze. Je traverse le hameau du Fournet, aux maisons de granite et aux toits gris d’ardoise.
Belles apparitions du soleil. Les aboiements de meutes de chiens de chasse résonnent dans les bois environ-nants. Traversée de Pradoux et la Villeneuve. C’est le domaine des chênes et des châtaigniers. Glands et châtaignes commencent à joncher le sol.
Je monte dans un sous-bois moussu, sur les flancs du puy Saladie. Les geais de la forêt saluent à grands cris puissants et rauques mon passage dans le département de la Corrèze. Après la limite départementale, le sentier serpente en une légère montée, sort du bois. Viviane et Oscar ramassent des champignons aux alentours des fermes du Châtain.
Nous montons dans le fourgon pour nous arrêter un peu plus loin pour casser la croûte. Après le repas, Oscar, qui fouine dans les alentours, pousse un hurlement. On sort de la voiture ; et Oscar, apparemment effrayé, s’éloigne à notre approche. Inquiets, nous pensons à une vipère. On finit par récupérer notre chien, le calmer et le rassurer. Viviane comprend vite : une clôture électrique, dans le taillis en contrebas, qu’Oscar a dû toucher avec sa queue !

Je me remets en route à la croix du Brave Homme (édifiée en 1846, suite à un vœu). Le temps change, le ciel se couvre. Le sentier traverse Lacelle, que traverse aussi la Celle. Beau porche roman de l’église.
Le sentier s’éloigne dans la campagne, monte à 726 m, passe au carrefour de la croix du Pintou dans les haies de fougères, et les bosquets de sorbiers des oiseleurs qui arborent leurs baies orange.
C’est à 15h30 que je retrouve Viviane au carrefour de la croix de Pompadour. La pluie se met à tomber, pour ne plus s’arrêter…

Après avoir effectué en voiture un trajet dans le massif des Monédières, nous nous installons au camping de Viam, au bord du lac du même nom.

*****

Mardi 11 septembre 2007 : Carrefour de la croix de Pompadour – Chauzeix.

Un an plus tard.
Au départ de Saint-Fargeau, dans l’Yonne, en Bourgogne, où nous habitons désormais, nous sommes parvenus la veille à Lacelle. Nous avons dormi au petit camping municipal au bord d’un étang.

A 9h15, je m’éloigne du carrefour de la croix de Pompadour sur une petite route qui rejoint le hameau de Magnaval puis l’étang de Saint-Hilaire. Alternance de soleil et de nuages.
L’itinéraire est par deux fois modifié par rapport au tracé figurant sur la carte. Le GR 46 et le GR 440 se poursuivent sur route jusqu’au carrefour de l’Arbre du Mas puis sur un chemin vers le puy des Jarousses (660 m). Ils circulent en forêt à une altitude voisinant les 600 mètres jusqu’au lieu-dit la Goutte.
Parallèlement au lac des Bariousses, l’itinéraire se poursuit vers Treignac. Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre vers midi.
Nous mangeons dans le fourgon aux abords d’un cimetière. 
Après une sieste, nous traversons la ville en voiture sans nous arrêter, pour l’avoir déjà visitée lorsque nous habitions en Corrèze. Viviane me laisse à 14h15, à la sortie en haut de la ville et de ses toits d’ardoise. Ciel bleu et vent, troupeaux de limousines dans les prés.
Le sentier traverse les fermes de Chaumeil et entre en forêt. L’itinéraire est également celui du GR de pays des Monédières. Il se dirige vers le massif des Monédières dont on aperçoit les sommets environnants : le puy de la Monédière qui culmine à 919 m, et plus loin le Suc au May (908 m).
Partie méridionale de la Montagne limousine, le massif des Monédières s’étend de la vallée de la Vézère au nord à celle de la Corrèze au sud. Fougères, myrtilles et bruyères prospèrent sur les landes pentues tandis que de nombreux prés sont encore consacrés à l’élevage.
Après des landes humides, à hauteur d’un marigot dans la forêt, le sentier délaisse un chemin qui mène à la pierre des Druides. Il se poursuit vers l’étang du Peuch.
  

A hauteur d’une ferme isolée, je m’arrête pour manger une pomme au bord sur la berge. J’observe un pêcheur posté dans l’eau jusqu’à mi-cuisse.

  
Après le carrefour de la croix de Brousses, les GR arpentent le flanc sud-ouest du puy de la Monédière jusqu’à 706 m d’altitude, parmi les hêtres, les châtaigniers ou les conifères, avant de descendre dans un vallon humide, la Ribière de Feugeas, entre puy de la Monédière et Suc au May. Je traverse le ruisseau sur une passerelle et je gagne une route qui se dirige vers Chauzeix. A l’entrée du village, là où débouche le sentier, je retrouve Viviane et Oscar à 17h40.

Nous allons nous installer dans un camping municipal à Saint-Augustin. Nous sommes seuls au bord d’un stade en compagnie de quelques lièvres (et d’un faisan demain matin)…

Mercredi 12 septembre 2007 : Chauzeix – Chamboulive.

Au matin, à la sortie de Chauzeix, le GR 440 et le GRP des Monédières s’éloignent vers l’est. Le GR 46 se poursuit vers le sud.
Le temps de la migration approche. Les hirondelles se rassemblent sur les fils électriques.


Le Suc au May, vu à la sortie de Chauzeix


sur le trajet

Le chemin bordé de clôtures mène à l’étang de Ganezande qui récolte une bonne partie des eaux des Monédières. Le GR traverse le village de Lafarge, quitte le parc naturel régional de Millevaches-en-Limousin et atteint Beaumont, bourg circulaire sur les flancs d’une colline. Peu après, à hauteur d’un ancien moulin, le sentier blanc et rouge emprunte un tout autre itinéraire que celui indiqué par la carte. Je chemine à travers bosquets, prairies, haies et chemins creux, au cœur des plateaux du Limousin. Je ne sais pas exactement où je vais arriver. Je téléphone à Viviane pour changer de lieu de rendez-vous. C’est à la Chaumière, sur la D44 provenant de Seilhac, que nous nous retrouvons.

Nous mangeons sur le GR, en lisière d’un bois. Après une petite sieste, je repars sur une route étroite vers Lamachou, un hameau de quelques maisons. Un tracteur taille grossièrement les haies. Après un parcours de forêt, je retrouve brièvement l’ancien tracé qui s’engage entre deux champs dans un chemin bordé de haies, jusqu’au moulin d’Aigueperce. Et là, me croyant à nouveau sur le tracé de la carte, je continue à suivre le balisage blanc et rouge à travers la campagne. La nature est silencieuse. Les vaches ruminent au soleil.
Je ne comprends pas bien où je suis, ne retrouvant pas les repères de la carte. Je traverse un hameau que je crois être les Fourches ; lorsque j’aperçois un étang, je pense être au bord de l’étang de Bournazel, près de Seilhac. Et lorsque je lis sur une pancarte « commune de Chamboulive » je réalise qu’il y a quelque chose qui ne colle pas. En effet, le nouveau tracé m’a mené à partir d’Aigueperce vers le nord au lieu du sud. Qu’à cela ne tienne ! Je longe le petit étang, entre à Chamboulive et téléphone à Viviane pour lui indiquer mon nouveau point de chute.
En attendant, je m’installe à la terrasse d’un bistro, face à l’église, pour boire une bière.

Nous allons passer la soirée chez Cathy, une amie de Viviane à Lestrade (commune de Naves), près de Tulle. Nous mangeons chez elle et passons la nuit dans le fourgon, garé dans la cour.

Jeudi 13 septembre 2007 : Chamboulive – Uzerche.

A la sortie de Chamboulive, le GR 46 s’engage dans des prés, côtoie des troupeaux, atteint des étangs.
Je suis curieux de connaître où et à quel moment je vais rejoindre le tracé de la carte.
A l’étang du Vicomte, je traverse un hameau abandonné, franchis un ruisseau sur une passerelle en bois. Le sentier se poursuit par bois, bosquets et chemins creux, parmi les pâtures, hameaux et champs, jusqu’à Pierrefitte puis le hameau de la Juque. Je retrouve l’ancien tracé du GR au nord-ouest de Saint-Jal.
Je gagne hors GR le moulin de St-Jal où Viviane me rejoint quelques minutes après mon coup de fil. Nous mangeons dans le camping-car au bord du chemin.

L’après-midi, je rejoins le GR à 750 mètres de là, et je poursuis ma randonnée sur l’emprise d’une ancienne voie de chemin de fer. Je chemine au soleil pendant 5 km, je passe au sud d’Espartignac. Un vieux pont de pierre restauré sous les frondaisons, qui enjambe un ruisseau parallèle à la piste, témoigne d’une ancienne voie de passage aujourd’hui oubliée.


Le sentier rejoint une route et bientôt enjambe la Vézère. Il se poursuit en une promenade ombragée sur la rive droite de la rivière. En cours de route, j’aperçois sur l’autre rive un camping. Viviane et Oscar s’y sont installés. Je siffle. Oscar m’entend mais ne me voit pas, car la couverture forestière est épaisse. Je continue jusqu’à l’entrée de la ville d’Uzerche et atteins l’ancienne gare, juste avant le viaduc. Une exposition de sculptures et d’objets recyclés occupe l’espace.
Je traverse la Vézère sur un pont et j’entre en ville. Après avoir bu une bière en terrasse d’un bistro, j’arpente les rues de la vieille ville.
Promontoire délimité par la Vézère, Uzerche est une ancienne place-forte avec de belles et riches demeures aux nombreuses tourelles.

  
En haut de la ville, l’église Saint-Pierre est une ancienne abbatiale bénédictine fortifiée pendant la guerre de Cent ans.


Je rejoins Viviane et Oscar à 16h55 dans le camping qui s’étend en contrebas tout au long de la rive gauche de la Vézère. On se trouve aux abords d’une ancienne minoterie, maintenant centre de loisirs de canoës-kayaks et point de départ d’une école d’escalade sur les rochers bordant la rivière.
Nous installons la table de camping, pendant que le soleil disparaît…

     

*****

Mardi 6 novembre 2007 : Uzerche.

Nous arrivons à 17h45 au camping d’Uzerche, au bord de la rivière. A cette époque, il est fermé mais libre d’accès.
La nuit tombe, et le gel avec. Des canoës-kayaks arpentent encore les passages balisés des chutes. Nous passons la soirée dans le camping-car.
Il va faire froid cette nuit. D’ailleurs Oscar ne s’y trompe pas. Exposé aux courants d’air, il grimpe sur le lit assez rapidement.

Mercredi 7 novembre 2007 : Uzerche – les Chapelles (gorges de la Vézère).

Au matin, la végétation est givrée tout autour de la Vézère.
Après avoir déjeuné, nous quittons le camping.
Je retrouve le GR en ville. Il s’éloigne d’Uzerche le long d’une ruelle et rejoint la Vézère, après la boucle que la rivière effectue dans la ville. Une pluie de feuilles de saules tombe sans interruption sur le sol gelé. Le soleil peine à réchauffer l’atmosphère.
Quittant le lit de la rivière, le GR 46 arpente une colline, rejoint une route de campagne, franchit l’autoroute A20 par un tunnel et atteint la ligne de chemin de fer Paris-Toulouse. De l’autre côté du passage à niveau, la route s’arrête dans une propriété privée.
Le sentier va maintenant arpenter la rivière dont le lit commence à se rétrécir, tantôt à fleur d’eau, tantôt en hauteur. Un héron dérangé par mon passage s’envole vers l’autre rive. Une succession d’escaliers de bois pallie à l’absence de passage et à la difficulté de progresser dans les rochers. J’atteins l’entrée nord de Vigeois. Le GR franchit la rivière, suit la route un moment, chemine sur la rive droite avant d’entrer en ville et traverser à nouveau la Vézère par un superbe pont du XIIe siècle. Je contourne la ville par l’ouest et m’éloigne dans les pâtures vers le sud.
Je rencontre en cours de route Viviane et Oscar qui sont venus me rejoindre sur le sentier. Nous contournons un grand corps de ferme, sur une hauteur à 370 m. Nous ramassons au passage des châtaignes sous les arbres dorés.


Nous atteignons la voiture stationnée dans un grand virage sur une route départementale.
Nous mangeons sur place dans le Boxer.
Le GR continue sur route. Dans un virage, une pêcherie-brocante est installée aux abords du pont qui franchit le Brézou, un lieu bucolique mais peu ensoleillé. Le sentier se poursuit dans les pâtures et les bois, traverse des hameaux. La forêt est resplendissante. Les feuilles de châtaigniers jonchent le sol.


A Chatras, le GR descend vers les gorges de la Vézère et atteint les Chapelles, un hameau situé dans un méandre de la rivière. A cet endroit, la Vézère s'est enfoncée dans des gorges sauvages, peu accessibles.
Viviane m'attend dans un virage de la route qui grimpe sur le plateau.

Cherchant un endroit où dormir, nous montons sur le plateau. Nous stoppons à côté d’un stade municipal de la commune d’Estivaux et nous installons derrière les tribunes. Des gens qui viennent s’entraîner nous informent qu’il est interdit de stationner là. Nous descendons un peu plus bas sur un terre-plein à côté d’une table de pique-nique.

Jeudi 8 novembre 2007 : Gorges de la Vézère - Saint-Viance.

Je reprends mon chemin depuis les gorges de la Vézère à 10h.
Un sentier s’embranche au-dessus de la route, rejoint la voie de chemin de fer qui débouche d’un tunnel : vue en enfilade sur la vallée de la Vézère et le château de Comborn.
Le GR s’engage à couvert et remonte sur le plateau dans une belle forêt d’automne, un peu moins resplendis-sante que la veille par manque de soleil.
Je traverse le bourg d’Estivaux.
A la sortie du village, franchissant un ruisseau, je longe une importante colonie de fougères mâles (Dryopteris filix-mas) fanées, bien adaptées aux milieux humides. Je pénètre en forêt, je passe sur un vieux pont en pierre qui enjambe un ruisseau en cascatelles. C’était le trajet quotidien des écoliers de Pouch qui se rendaient à pied et en sabots à l’école d’Estivaux.
Je traverse Pouch et continue sur le plateau. Je longe des vergers de pommes du Limousin. A La Roche, un producteur de canards gras témoigne que la Haute Corrèze (auvergnate) est déjà loin et que le Périgord se rapproche. J’atteins le site de La Roche : un lieu rocheux qui domine l’étroite et profonde vallée de la Vézère que traversent quelques rapides. Un belvédère permet une vue étendue sur la centrale électrique du Saillant, la zone humide qui lui succède et la sortie des gorges.
Je dévale par un sentier en lacets vers la vallée, dans la forêt de châtaigniers. Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre. Nous atteignons la voie SNCF Paris-Toulouse.
On mange dans le fourgon.
L’après-midi, on poursuit en voiture sur le GR ; on traverse le Saillant Vieux. Arrêt au four communal, remis de temps en temps en service lors de fêtes du village. Par un vieux pont roman du XIIIe siècle qui enjambe gracieusement la Vézère, on traverse Le Saillant, accroché aux dernières pentes de l'éperon rocheux de Vertougit.
A la sortie de la Baudélie, je continue à pied, longeant la rive droite de la rivière.
Depuis le barrage du Saillant, le secteur devient moins accidenté. La rivière sort des gorges. 

On quitte ici les plateaux du Limousin pour atteindre le bassin de Brive. C’est le domaine des prairies inondables et des zones humides associées. En me retournant, j’aperçois les plateaux que le sentier vient de quitter.
Le GR 46 chemine au large de la Vézère à travers champs et prairies. Je croise des promeneurs avec leurs chiens. Après un passage de 3 km sur route à hauteur d’Allassac, je bifurque sur un chemin de campagne à Lasteyrie. Les maisons de la région, coiffées d’ardoise, ont des murs caractéristiques en schiste noir. 
Je croise deux dames qui se promènent. L’une d’entre elles dit à sa copine : « tiens, voilà un vrai marcheur ! » Je m’arrête et je leur demande si c’est de moi qu’elles parlent. C’est l’occasion de discuter sur ma randonnée. J’explique que le GR 46 provient de Tours. Non, ce n’est pas un sentier de St-Jacques-de-Compostelle ; mais il permet de rejoindre un GR qui s’y rend !
Je continue… Bientôt le GR se rapproche de la rivière ; il va longer son cours paisible jusqu’à hauteur de Saint-Viance


C’est à 16h45 que je rejoins Viviane qui m’attend dans le Boxer au bord de l’eau.

Nous retournons au Saillant où Viviane a aperçu ce matin un camping qui lui semblait ouvert. Nous y arrivons à 17h30. C’est une aire naturelle de camping que l’on rouvre pour nous, au bord d’une zone humide classée de la Vézère. Le cadre est enchanteur, mais la nuit tombe vite...

Vendredi 9 novembre 2007 : Saint-Viance – Lissac-sur-Couze.

Nous sommes de retour à 10h à Saint-Viance. Le temps est ensoleillé, la température très agréable.
Le sentier grimpe sur une colline.
Le GR 46 va se poursuivre au sud, dans un paysage ouvert de crêtes, de puys et de collines. C’est l’Yssandonnais, qui s’étend à l’est et à l’ouest de la Vézère, au nord-ouest de Brive-la-Gaillarde.
Pleine de villages chargés d’histoire, de châteaux en ruine ou transformés en résidences, cette région doit son nom au puy d’Yssandon où les Gaulois avaient déjà édifié une place-forte.
Le GR chemine sur une petite route jusqu’à Varetz. Je traverse le village aux maisons en grès rouge. Je fais une pause dans une auberge pour boire une bière ; et je poursuis mon parcours, toujours sur route. Je quitte le bitume après Laviallé pour arpenter une colline ensoleillée. Au loin, on aperçoit les premières hauteurs du Causse corrézien.
Le pays de Brive : c’est encore la Corrèze, mais c’est déjà le Périgord, ou le Quercy, pour être plus précis. Les paysages, les assiettes, le climat tirent le visiteur vers le sud-ouest. On est presque dans le midi ; on y voit même des bananiers. On est loin de la rugosité du plateau de Millevaches ou des hivers des Monédières.
Viviane et Oscar me rejoignent dans le sentier. Nous descendons vers les fermes du Puy du Mont, débouchant à 12h30 dans un entrelacs de routes et d’autoroutes, aux abords de Brive et du confluent de la Vézère et de la Corrèze.
On s’installe à l’entrée d’une piste qui longe l’autoroute pour manger dans le fourgon.

Le GR ensuite s’insinue entre routes et autoroute et se dirige vers Saint-Pantaléon-de-Larche. On trouve sur le chemin de plus en plus de chênes, de moins en moins de châtaigniers. A St-Pantaléon, l’église présente une architecture hétéroclite, un clocher-mur impressionnant. Le site est fermé.
Le GR 46 traverse la Vézère. A partir de là, il commence à gravir le Causse corrézien, un petit plateau calcaire aux confins du Périgord et du Quercy, première avancée corrézienne des causses du Quercy.
La montée s’effectue lentement sous forêt jusqu’à Gramont-Haut, un village perché sur une arête à 340 m. Je fais une pause à la croisée des routes devant un calvaire en calcaire, pour boire et manger une pomme. Je poursuis sur la crête jusqu’au puy Gramont (351 m). Il subsiste encore quelques châtaigniers parmi les chênes. Je descends vers Lissac-sur-Couze, au cœur du causse et au bord du lac du Causse, le plus grand plan d’eau artificiel du département. Je débouche sur la place à 16h45.
Jonction avec le GR de pays du Causse corrézien.
Viviane m’attend sur la place.

Nous parcourons les routes du causse pour trouver un endroit où dormir. Mais la nuit tombe. On revient à Lissac.

Nous nous installons au camping La Prairie, ouvert en permanence, en terrasse au-dessus du lac, à côté de caravanes d’ouvriers. Belle vue sur le lac.
On sent qu’il va à nouveau faire froid cette nuit.

Samedi 10 novembre 2007 : Lissac-sur-Couze – Turenne.



Le lac du Causse

Je vais marcher aujourd’hui sur le causse.
Le tracé du GR 46 est commun avec le tracé du GRP que j’avais parcouru en sens inverse lors de l’été 2002 lorsque nous habitions en Corrèze.
Dans une végétation givrée, je longe le plan d’eau et gagne le Soulier, un hameau de Chasteaux, à l’extrémité du lac. Depuis un pont à l’entrée du village, j’aperçois deux cincles plongeurs sur les rochers qui affleurent le ruisseau.
Je me dirige maintenant vers la vallée de la Couze et la Côte Pelée, réserve biologique où l’on rencontre une végétation et une faune caractéristiques des pays méditerranéens, associées aux espèces typiques du Limousin. Je passe au gouffre du Blagour. C’est une résurgence de la Couze après son parcours souterrain. Je traverse la « vallée sèche » sous les falaises de la Côte Pelée.


Plus loin, alors que le soleil dégivre la végétation, j’atteins les pertes de la Couze. Ici la rivière s’enfonce dans les entrailles du causse et se répand en un immense réseau de galeries souterraines pour réapparaître au Blagour.
  
  
Entre deux murets de calcaire, je sors de la forêt, passe devant un ancien four à chaux. Il me faut franchir un peu plus loin l’autoroute A20 au lieu-dit le Pont de Coudert. Je remonte par une petite route. C’est là qu’en été 2002 j’avais entendu pour la première fois des cigales. Je traverse le hameau et longe le château de la Fage, les « Ecuries du Roy ». Du bâtiment Renaissance il ne reste que les communs et le pigeonnier carré. Il est bâti sur une butte calcaire qui surplombe la faille de Meyssac, à la frontière du Quercy.
Je retrouve Viviane et Oscar qui vont faire un détour pour retrouver la voiture, car ils ne peuvent me suivre. En effet, le sentier se poursuit en forêt, rejoint une ancienne carrière de calcaire oolithe qui a servi à la construction du château. Une échelle de bois permet le passage. Et Oscar ne peut la franchir !


Les GR continuent en forêt, longent d’antiques murs en calcaire d’une propriété et atteignent Jaurens. Surpris de me trouver dans ce hameau que je n’attendais pas, je ne sais absolument pas où je suis. Je me renseigne auprès d’une dame pour retrouver l’entrée des abîmes de la Fage, un gouffre karstique où m’attend Viviane. Cette dame me dit de rebrousser chemin. Le tracé du GRP passait anciennement à l’entrée des abîmes, mais l’itinéraire a été dévié par ici.

Je rebrousse chemin et retrouve, hors GR, le Boxer à l’entrée des abîmes de la Fage. Le temps a changé : ciel gris, humidité. Nous mangeons sur place, et Viviane me ramène ensuite à Jaurens.

Je poursuis mon trajet. Bientôt je rejoins le tracé d’origine, qui se dirige vers Jugeals-Nazareth. Le sentier parcourt un terroir original, loin du paysage limousin habituel : étendues de rocailles, murets calcaires, végétation de chênes rabougris, genévriers, cornouillers.
Après le village, le sentier s’éloigne le long d’un muret de pierre puis descend à flanc le rebord du causse vers la vallée de la Tourmente. Après un manoir en bordure d’un étang, le sentier se poursuit dans la vallée, avec en point de mire le château de Turenne. En me retournant, j’aperçois les falaises du causse que je viens de quitter.
On le voit de loin, le château de Turenne, perché sur un éperon.


Bientôt le sentier quitte la vallée et entreprend de grimper le flanc nord de la butte. Il débouche brusquement sur l’ancien château des vicomtes de Turenne. Ce fut un des grands fiefs de la France du XIVe siècle, rendu célèbre par le maréchal de France du même nom au XVIIe siècle. Turenne régna jusqu’en 1738 où le dernier vicomte vendit terres et titres à Louis XV.
Depuis le château, je descends dans les ruelles de la ville aux élégantes maisons de pierre des XVIe et XVIIe siècles avec leurs toits de lauzes et d’ardoises. Viviane m’attend sur la place.

Nous retournons passer la nuit au camping de Lissac pour 18h. Retour demain en Bourgogne.

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Vendredi 15 août 2008 : Turenne – Malefon.

Neuf mois plus tard, parvenu avec Viviane et Oscar à Turenne, je commence à marcher en début d’après-midi sur le GR 46.
Quittant la ville et se séparant du GRP, le sentier remonte à nouveau sur le causse, qui n’est en fait que la partie du causse de Martel située en Corrèze. Il chemine sous les chênes, passe aux abords du château Linoire, en ruine. Il traverse le village de la Gironie et atteint la limite départementale entre Corrèze et Lot.
Dans la région administrative Midi-Pyrénées, le Lot correspond au Haut Quercy, couvert essentiellement par les causses du Quercy, large bande de plateaux calcaires en bordure ouest du Massif central.
Dans la continuité avec la Corrèze, j’aborde le causse de Martel, le plus septentrional des causses du Quercy. Je débouche sur une truffière, un terrain enclos pour la culture des truffes. Je traverse dans sa longueur L’Hôpital-Saint-Jean. A la sortie du village, je fais une pause au moulin d’Antoine, reconstitution d’un ancien moulin à huile.
Le GR se poursuit sur la crête orientale du causse. Il longe les Terres Hautes (250 m), une ferme qui accueille des campeurs sous un couvert forestier. Un écureuil que je dérange s’enfuit d’arbre en arbre et disparaît. Contournant le Pech Chausens, j’entends pour la première fois le chant  d’une cigale. Entre des haies garnies de mûres, j’atteins un hameau de quelques maisons, Malefon, où m’attendent sur une place enherbée Viviane et Oscar. Un petit chien curieux de mon arrivée vient rôder autour de nous.

Nous allons nous installer au camping à la ferme des Terres Hautes, sur le GR 46, que j’ai longé tout à l’heure. Nous passons une agréable soirée sur la prairie, un peu à l’écart des autres campeurs. La fermière nous offre de la « tête pressée », un fromage de tête de sa fabrication.

Samedi 16 août 2008 : Malefon – Montvalent.

Ciel nuageux avec alternance de soleil.
A 10h10, au départ de Malefon, je m’éloigne dans un chemin bordé de haies et de ronces avec des mûres appétissantes. Les fruits rouges vénéneux de l’arum tacheté (ou gouet) parsèment ça et là le bord du chemin.
Je débouche sur des vergers de noyers. Après le ruisseau de la Doue, le GR se poursuit pendant deux kilomètres sur une petite route puis bientôt atteint Martel. C’est une bourgade médiévale préservée, à l’architecture homogène. J’y retrouve Viviane et Oscar à 11h35. On contourne la ville en voiture. Des embouteillages importants bloquent le centre-ville, ce qui fait que nous ne le visitons pas.
De l’autre côté de la gare, on va chercher un endroit pour manger. On s’arrête au bord du GR, le long de la piste qui s’éloigne vers le sud.
Après le repas dans le fourgon et une sieste, je poursuis mon chemin tout au long de la piste ensoleillée. Vulcains et sylvains volent sur la lisière. Le chœur des cigales est assourdissant. A mon avis, il s’agit des cymbales de la cigale de l'orne.
Bientôt le GR 46 commence à descendre vers la vallée de la Dordogne. Il rejoint une route sous les falaises calcaires et atteint les rives de la Dordogne. Il contourne les abords de Gluges, un village caché au pied des hautes falaises, et franchit la rivière. Sous le pont, une floraison de canoës…
Le sentier longe un temps la rive gauche puis, par une petite grimpette, gagne Montvalent, sur le causse de Gramat, à 200 m d’altitude.
Sur le trajet, devant la demeure d’un élu municipal, flotte un drapeau bleu-blanc-rouge sous une pan-carte « honneur à notre élu ». C’est le « mai communal », tradition en Quercy et Périgord (Corrèze, Lot, Dordogne entre autres). Personne ne sait bien d'où vient cette tradition, peut-être un héritage des arbres de la Liberté de l'époque révolutionnaire. En tout cas, moi qui suis un ancien élu, je n’aurais jamais supporté un tel étalage…
Il est 16h35. Viviane m’attend sur un parking de la place du village.

Nous rejoignons un emplacement dans la nature sur le causse de Gramat, non loin de Rocamadour, où nous avons déjà passé plusieurs soirées en 2003 et 2004.

Dimanche 17 août 2008 : Montvalent – château La Comté.

Typique du causse, perché sur une des falaises qui constituent les anciennes rives de la Dordogne, Montvalent est un village à rue unique. C’est le point de rencontre du GR 46 avec le GR 652. Les deux GR vont avoir un trajet commun jusqu’à Rocamadour. J’avais parcouru le GR 652 sur cette portion en mai 2003.
Les deux GR s’enfoncent dans le causse de Gramat. Les petits prés sont ceints de murettes en pierres sèches. Un chemin de causse où commencent à mûrir les cornouilles se transforme en chemin de haie. C’est l’entrée dans le parc naturel régional des Causses du Quercy.
A partir de Montvalent, s'étend ce vaste plateau calcaire le plus important des causses du Quercy et le plus sauvage : c’est le causse de Gramat. Le sol est pauvre, très caillouteux, et la végétation est maigre. Le sous-sol calcaire est parcouru de rivières, et ses fissures travaillées par l'eau ont donné des grottes et des gouffres magnifiquement ornés de stalactites et stalagmites.
Prairies, genévriers, futaies de chênes verts. Au milieu des pâtures de moutons, parmi la pierraille, le sentier emprunte chemins et petites routes jusqu’au hameau des Alix.
Sur une place enherbée, je retrouve Viviane. En voiture, nous suivons les GR sur route jusqu’à L’Hospitalet : porte d’entrée de Rocamadour et gigantesque lieu de parking bondé de touristes et de camping-cars.
Pour l’avoir déjà visitée lors de notre passage sur le GR 652, nous contournons Rocamadour en voiture, fuyant la foule. Cela n’empêche pas que le paysage soit splendide : accrochés à une immense falaise dominant les gorges de l’Alzou, les maisons et les sanctuaires du célèbre pèlerinage défient les lois de l’équilibre.

Nous remontons sur le causse et nous mangeons dans la nature.

Je reprends le cours du GR 46 qui s’est séparé du GR 652 à Rocamadour. Vue splendide sur les falaises calcaires de la vallée de l’Alzou. Des aigles royaux planent, provenant du Rocher des Aigles, centre de démonstration, de reproduction et de soins, sur la falaise en face.
Le GR se poursuit sous un soleil implacable. Un « quad » essaie de se forcer un passage sur l’étroit sentier, massacrant la végétation : un père, et son fils tout fier…
Prairies sèches, pierrailles, genévriers, chênes verts ; aussi des « gariottes », cabanes de pierres sèches, et des dolmens. Silence impressionnant de la nature.

Je traverse Couzou. Je cherche un bistro pour me désaltérer, mais seul un restaurant est ouvert, qui ne sert pas de bière. Contrarié sans doute (!) je quitte le village dans une mauvaise direction et dois faire demi-tour. Animation du dimanche après-midi, un concours de pétanque est organisé.
Le sentier s’abaisse ensuite dans la combe de la Damette. Des meules de foin sont disséminées dans la prairie. De petits papillons survolent les haies, d’un vol irrégulier : des myrtils, papillons typiques des prés à foin traditionnels. Je longe des ruines puis un corps de ferme sur une hauteur à 322 m, et je débouche près d’un calvaire où je retrouve Viviane et Oscar, à l’ombre d’un arbre.
Nous poursuivons dans le Boxer sur une petite route forestière pendant 1,5 km jusqu’à une bifurcation non loin du château La Comté (commune de Carlucet). Cette propriété est un camping de luxe aux prix exorbitants, avec des prestations dont nous n’avons que faire. On se sauve !

A 18h15, nous rejoignons une aire naturelle de camping à Magès, dominant la vallée de l’Alzou, à proximité du lieu où nous avons mangé à midi. C’eut été parfait, si un camping-cariste n’était pas venu fouiner autour de nous avec sa lampe de poche pour vérifier que nous ne lui avions pas volé ses cales de voiture !

Lundi 18 août 2008 : Château La Comté – Labastide-Murat

A 10h10, Viviane me dépose à la bifurcation du sentier près du château La Comté. La journée s’annonce chaude.
Bientôt par un portillon je pénètre dans une pâture. Après les ruines Cabrayrol, je descends vers une fontaine en fond de vallon. Le GR remonte par de petites routes, traverse des hameaux, franchit l’autoroute A20. Rumeur d’abord diffuse puis croissante de l’autoroute lorsqu’on s’en approche, et inversement lorsqu’on s’éloigne…
Je me dirige vers Montfaucon. Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre au pied de la bastide. Montfaucon est une ancienne bastide du XIIIe siècle perchée sur une colline.
Les bastides, villes nouvelles du Moyen Age, aux rues en damier, étaient des places-fortes militaires la plupart du temps fortifiées.
A 12h30, contournant la bastide, nous faisons halte sur le GR, auprès d’un plan d’eau (en réalité un étang presque asséché). Le site est ombragé et légèrement venté. Nous nous installons sous un marronnier et sortons la table de camping. Les hirondelles font mouche sur l’étang. Je n’ai pas trop envie de repartir car la chaleur est intense, et pas de nuage à l’horizon…

A 15h20, je me décide tout de même à continuer. On essaie de faire un bout de chemin avec Oscar. Mais, dès le couvert des arbres dépassé, il fait demi-tour ! Je chemine sur route, franchis la saignée de l’autoroute en sens inverse.
J’observe sur la lisière une écaille chinée, volant sur lamiers blancs et orties. C’est un papillon aux ailes postérieures d’un rouge vif. Quand il se pose, ses ailes antérieures se replient en toit, ne laissant apparaître qu’un masque noir et blanc.
Le cheminement du GR s’effectue largement à découvert. J’atteins un ancien lavoir puis le lac de Boutanes, un plan d’eau aménagé où je fais une halte pour manger un fruit. Des argus, petits papillons bleuâtres, se concentrent en un même lieu, sur de la terre fraîchement retournée. Sur la colline en face, une aire d’autoroute domine le site.
J’arrive à Labastide-Murat que je traverse dans toute sa longueur : grosse bourgade, également bastide, dont l’originalité est d’être le village natal de Murat, beau-frère de Napoléon Ier, maréchal d’Empire, roi de Naples.
A 17h, Viviane m’attend à proximité du camping municipal où nous avions rendez-vous. Nous pensions y passer la nuit, mais le camping est occupé dans sa quasi-totalité par des gens du voyage. Un peu trop bruyant pour nous…

Nous nous rendons à St-Germain-du-Bel-Air, dans un grand camping municipal à moitié vide. Un spectacle de danse et de musique se prépare pour la soirée.

Mardi 19 août 2008 : Labastide-Murat – moulin de Guillot.

A partir de Labastide-Murat, le GR 46 descend bientôt dans une combe. Le ciel est couvert, ce matin. J’éventre des toiles d’araignée invisibles dont les fils traversent le chemin à hauteur d’homme.
Au débouché de la combe, le sentier longe un vallon le long d’un ruisseau, puis il atteint la vallée naissante du Vers. Par un petit pont en travaux, le sentier s’en éloigne et grimpe vers des prairies où, dans des parcs à moutons, paissent les brebis du Quercy à « lunettes noires ».
Je retrouve Viviane près d’une croix, à l’intersection d’une route départementale, sur une hauteur à 400 m. Nous nous installons à proximité pour manger dans le Boxer face à une haie épineuse. J’observe avec les jumelles un couple de pies-grièches écorcheurs qui chasse des insectes.
Je reprends le cours de ma randonnée. Les myrtils s’envolent en nuées depuis les haies bordant les prés. L’hièble, une plante vivace de plus d’un mètre, fructifie sur les talus, étale ses baies noires purgatives.
Le GR 46 contourne le village de Cras, quitte le plateau, descend dans la combe Cabrière et atteint la vallée de la Rauze. C’est une verte et bucolique vallée préservée où verdure et feuillage épais le long de la rivière apportent une fraîcheur bienvenue. Je passe à proximité du château de Gironde, je traverse la Rauze et la longe sur sa rive droite jusqu’à son confluent avec le Vers à hauteur du moulin Guillot.

Avec Viviane, nous faisons un long parcours en voiture à la recherche de l’oppidum de Murcens qui domine le confluent. Il est trop tard lorsque nous arrivons sur le site, dont nous ne sommes pas sûrs. Nous descendons alors dans la vallée pour nous installer au camping municipal de Vers-en-Quercy, au bord du Lot. Marché local de nuit et soirée musicale aux abords du camping.

Mercredi 20 août 2008 : Moulin Guillot – lieu-dit Lusclade.

La journée promet d’être ensoleillée.
Ce matin, le GR 46 va longer vers le sud la vallée du Vers sur sa rive gauche. D’abord sentier en balcon, il descend au bord des prairies de la rivière qu’il va suivre à l’ombre des forêts qui la bordent. Une jeune fille, avec deux longs bâtons de marche taillés dans du bois, me rattrape d’un pas alerte, une coquille de Saint Jacques accrochée à l’arrière de son sac à dos. En route pour St-Jacques-de-Compostelle ?
Le GR 46 n’est pas à proprement parler un sentier jacquaire. Mais il en fut l’une des variantes pour les pèlerins du Moyen Age venant de Rocamadour, où ils pouvaient rejoindre à Cahors la voie historique du Puy (de nos jours GR 65).
J’atteins Vers-en-Quercy vers midi, joli village au confluent du Vers et du Lot, possédant encore d’importants vestiges d’un aqueduc romain. J’y fais une halte pour boire une bière sur une terrasse. La routarde qui m’a doublé tout à l’heure y fait également une pause.
Le GR surplombe le camping où nous avons dormi la nuit dernière, juste sur le confluent. Par un étroit pont routier, j’enjambe le Lot et quitte le parc naturel régional.
Magnifique vallée du Lot, toute en méandres ! Ici le Lot se révèle plus encaissé qu’en aval de Cahors avec de hautes falaises plongeant dans la rivière et beaucoup de villages haut perchés. Coincé entre les causses de Gramat et de Limogne, il a taillé son cours dans le calcaire.
Sur l’autre rive, au cœur d’un méandre, je retrouve Viviane garée sous une butte à Béars.

Nous retournons à l’entrée du camping de Vers, et nous mangeons dans le fourgon devant l’embarcadère.

L’après-midi, le GR 46 gravit le pech de Béars.
Jonction avec le GR 36 et parcours commun orienté maintenant à l’est.
Je traverse un plateau parmi les buis et les genévriers. Cheminant d’abord en balcon au-dessus de la falaise qui tombe sur le Lot, puis s’éloignant sur le causse, le sentier entame ensuite sa descente vers Pasturat, niché au bord de la rivière. Il se poursuit sur route le long de la rive gauche. A hauteur d’un pont de traverse, on aperçoit un petit camping sur la rive droite.
Bientôt les GR entrent à nouveau dans le parc naturel régional, remontent sur un chemin de causse à travers bois en un dénivelé de 200 mètres jusqu’à la D8 (350 m). Un beau chemin dans les buis, genévriers, chênes verts et sessiles, longe la route.
J’atteins à 18h un calvaire, sur une aire de repos et de pique-nique à côté d’une « cazelle », cabane de pierre sèche, au lieu-dit Lusclade, un beau coin de nature ensoleillé mais un peu trop près de la route pour y séjourner.

Nous allons nous installer à nouveau au camping de Vers, sans animation ce soir, et donc bien plus calme.

Jeudi 21 août 2008 : Lieu-dit Lusclade – Saint-Cirq-Lapopie.

De retour au calvaire, je me remets en route à 10h15.
Le sentier se dirige au nord, longe le pech Lapeyre et descend assez rapidement vers le Lot. Après le passage de la voie ferrée, d’abord en balcon sous les buis, le sentier s’élargit. C’est un chemin de halage dominant la rivière. Les GR s’engagent alors à travers champs. Un épervier s’envole. Alternance de vignes et de tournesols.
Le sentier descend à Bouziès, un sympathique village faisant face à de belles falaises calcaires, par delà les toits des maisons.
Les maisons du Quercy sont considérées parmi les plus belles de France avec des blocs de calcaire blanc prenant au soleil des tons dorés, avec des décrochements de toitures et de tours pleins de charme. Les maisons les plus riches étaient flanquées d’un pigeonnier-tourelle en angle ou au centre de la façade. Le Lot est renommé pour ses nombreux pigeonniers, jadis éléments de prestige, recherchés pour les fientes de pigeons qui fournissaient la fumure.
Le sentier passe par-dessous le pont suspendu et continue sur la même rive le long du Lot. Des embarcadères invitent à la navigation fluviale. La rivière est navigable, avec des écluses restaurées.
J’atteins un chemin de halage taillé dans le rocher en encorbellement, avec de multiples entrées de grottes. C’est l’un des éléments les plus spectaculaires du patrimoine lié à la navigation fluviale, avec un bas-relief daté de 1989, œuvre du sculpteur D. Monnier. On y rencontre une foule de promeneurs et de VTT.
Le sentier quitte le bord de la rivière, rejoint une route au pied des falaises. Sur un piton rocheux, un pigeonnier…
J’ai rendez-vous avec Viviane là où un chemin sinueux escalade la falaise. Elle n’est pas encore là, occupée à baigner Oscar un peu plus loin. Lorsque nous nous retrouvons, nous mangeons dans le camping-car, dans un recoin de la petite route.
L’après-midi, nous montons à Saint-Cirq-Lapopie et visitons la ville de 15h30 à 17h.


Ce village médiéval est presque entièrement classé Monument Historique. Perle de la vallée du Lot, Saint-Cirq a séduit les peintres, est devenu le havre des artistes après avoir été la patrie des tourneurs sur bois, des chaudronniers et des artisans d’art.
C’est un ensemble unique perché sur un énorme escarpement de rochers, s’élevant à plus de cent mètres au-dessus de la rive gauche du Lot : amoncellement de petites maisons qui grimpent au flanc de la colline, avec des tons de rouge, ocre, rose-orangé et des nuances de gris. Nous flânons, sous un soleil qui cogne, à travers les ruelles escarpées, bordées de maisons anciennes qui étourdissent par l’abondance de détails : façades en encorbellement et à poutres apparentes, colombages, tours et tourelles, fenêtres gothiques à ogives, baies Renaissance à meneaux…



Du sommet des ruines des châteaux, on découvre un admirable paysage. En face, la bordure du causse de Gramat déroule ses reliefs boisés.
Le village n’est pas conçu pour le tourisme de masse. Et pourtant, bien sûr, les touristes sont là (tout comme nous !).
On rejoint le Boxer où l’on a laissé Oscar. Vite, pour nous faire pardonner, on l’emmène se baigner dans le Lot.

Nous nous rendons au camping municipal de Saint-Géry, aperçu hier sur la rive droite. Un endroit sympathique et calme, avec seulement quatre campeurs.

Vendredi 22 août 2008 : Saint-Cirq-Lapopie – Varaire.

Au matin, Saint-Cirq-Lapopie est désert. Les touristes ne sont plus ou pas encore là.
Le ciel est couvert. Je quitte le village par un sentier étroit qui gravit le causse de Limogne, longe un chemin de croix et atteint un grand calvaire à côté de la chapelle Sainte-Croix.
Direction générale plein sud. Sur le plateau, je rejoins une route qui serpente, et je poursuis par des chemins bordés de murettes et de haies de buis. Aux Bories Basses, je traverse la cour d’une ferme.
Les GR traversent un bois de chênes. Je rencontre une randonneuse avec qui je fais un bout de chemin jusqu’à Concots. En cours de route, on rencontre une superbe citerne en pierre sèche.
Viviane m’attend sur la place du village. Nous mangeons un peu à l’écart.

L’après-midi, je poursuis ma randonnée sur le causse de Limogne : routes, chemins de causse. Près du hameau des Bories Basses, je passe à proximité d’un puits et un bac de pierre au fond d’un « cloup » puis une citerne au lieu-dit Poux de Brie.
Les GR 46 et 36 rencontrent le GR 65 (sentier de St-Jacques-de-Compostelle) et vont avoir avec lui un parcours commun jusqu’à Varaire. Sur cette portion historique, on rencontre plus de randonneurs qu’à l’habitude. Je contourne l’entrée de la chasse de Couanac, fermée par un large portail où une pancarte parle de respect entre randonneurs, promeneurs et chasseurs. Mouais !…
De gros nuages noirs menaçants me suivent depuis un moment, me rattrapent. Un vent d’orage se lève. Lorsque les premières gouttes commencent à tomber, je revêts ma veste de pluie. Les nuages passent et le soleil réapparaît !
Les sentiers se séparent à l’entrée de Varaire que j’atteins à 17h et où Viviane m’attend. Une fête de village se prépare, bloquant les rues. Je décide de continuer encore pendant 2 km sur un chemin bordé de murettes qui aboutit sur la voie romaine Cahors – Villefranche-de-Rouergue.
Viviane et Oscar arrivent à ma rencontre. Le camping-car est installé dans la nature au bord de la voie romaine. Nous allons rester là pour la nuit.




















Oscar s’allonge dans l’herbe avec délice. Nous buvons le pastis au soleil. Plus tard, nous jouons à un jeu de société en bois acheté à St-Cirq.